Œuvres à quatre mains.

17157796 1891619671057806 6127548806042986932 oEn voyant ces images, je ne peux m'empêcher d'être bouleversé, de ressentir, à travers le drame de la matière, à la fois la peur et la commisération pour toutes les souffrances humaines, les cruautés envers les animaux et la terre entière.

Sur l'une de ces images prise par Rose, la petite fille d'Elsa, on ne vois qu'une chevelure blonde se mêler à un magma noir qui ressemble à du goudron. Cette image m'évoque irrésistiblement la vision d'horreur d'une MARÉE NOIRE et les vains efforts d'une bénévole tentant de sauver d'innocentes victimes.
Une autre image: c'est les plumes blanches du cadavre d'un albatros ou d'un pélican, à côté de la vague noire de mazout qui vient de le rejeter sur le sable taché de son sang brunâtre.
Et puis, comment ne pas voir dans une autre image un lit, ou plutôt un grabat d'hôpital, aux draps bouleversés qui semblent garder l'empreinte du corps convultionné d'un mourant.

De mes cartons écrus sculptés, que je transformais en paysages aux belles couleurs dans les années 90, Elsa s'en empare à son tour aujourd'hui pour en faire des "charniers" de matière. L'art qui pour moi se doit d'être la délicate et plaisante vision du végétal ou du minéral, semble pour Elsa -cette jeune femme aux boucles blondes et aux yeux bleus clairs où passe parfois l'ombre d'une nostalgie- être l'expectoration d'une angoisse inexpliquée, comme si elle portait en elle tous les drame qu'ont vécu ses ancêtres ainsi que toutes les catastrophes passées, présentes et à venir des êtres et des choses.

Elsa est ma petite cousine. Elle retravaille mes cartons selon son inspiration et sa démarche est volontaire, originale, sa technique inventive et derrière sa frêle apparence se cache une énergie sans limite lorsqu'elle se sent dans son élément: la création.
Dans ce que j'appellerais un "travail à deux", l'artiste part d'un carton brut préalablement sculpté à la gouge par moi, lequel est issu d'une serie que j'avais remisé dans la cabane de mon jardin, ayant définitivement abandonné mon travail de plasticien en Juin 2006 (cartons en semi reliefs, sculptures, moulages, peintures, installations et dessins).

Dans les années 90 jusqu'en 2003, une autre jeune femme, aux boucles brunes celle-là, avait retravaillé mes œuvres inachevées, auxquelles elles avaient donné le nom de "caviardages". Il s'agit de Lauranne - "Lauranne, Artiste Quand Même" ainsi qu'elle se présente- J'ai écrit le petit texte ci-dessous sur l'une des facettes de son travail.

Les scans de Lauranne.

Faute de pouvoir se mouvoir en se désarticulant sur un scanner géant, Lauranne coupailles son corps, prisonnière d'un rectangle de 21 × 29,7 cm. L'éclair aveuglant du scanner va et vient sur la chair nue comme l'estafilade d'une lame de couteau. Il carrelle et aplatit la courbe de la bouche, la rondeur d'un sein, boudine les doigts, qu'anime parfois une nature-morte, ainsi des fleurs desséchées de cimetière. Mosaïque d'un corps supplicié, “la femme coupée en morceaux” se mutile elle-même, mais elle nous dévoile son truc. Lauranne n'est pas en représentation, pas plus que dans la mystification ou la provocation, et le regard de l'autre lui importe moins que l'écho de son propre cri, en miroir de ses scans acrobatiques, ses perfore-démences, peinture-hures rouge-sang, jaune-pu et noir-caillot ou de ses poèmes ravageurs.
Lauranne n'est pas une illusionniste qui veut nous faire rêver. Du jaillissement barbare de ses créations natives d'une souffrance nouée au ventre, sort le noyau d'un œil terrible et le cri vengeur du nouveau-né sanglant qui n'aurait pas dû naître.

http://lauranne.lauranne.free.fr/

 
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