Résumé de mon parcours

 


À propos de mon travail. 

1-  Mon travail, non élaboré, et qui s'étale sur plusieurs décennies, n'est pas divisé en périodes distinctes. C'est un chaos en marche, des va et vient continuels du nouveau à l'ancien, entre toutes les expérimentations, inventions techniques, accidents qui s'enrichissent mutuellement. Il n'est pas cloisonné dans le temps mais forme un ensemble de palimpsestes -effacements et réécritures- se mélangeant, fusionnant ou se heurtant parfois entre eux. Ce que Fred Noiret appelle mes “siestes” sont mes dessins, d'abord réalisés au crayon pierre-noire ou au fusain sur papier raisin, puis à l'encre sur des carnets de croquis. Ils alternent avec les cartons sculptés, peintures, sculptures, moulages, installations, et me reposent  -ne pouvant rester sans créer- physiquement et mentalement de ce qui s'apparente à un véritable chantier. J'y laisse sur place, après mon travail, outils et matériaux, tels pinceaux imprégnés de mixtures, paquets de feuilles détrempées de colle à tapisserie et saupoudrées de pigments, regroupant et couvrant le tout d'un “film fraîcheur”. Le lendemain, je ré attaque ainsi un nouveau travail déjà préparé, voire mijoté. Je varie souvent mes moulages, à partir du même moule, sous le coup d'une inspiration, par exemple en faisant pousser des ailes translucides au corps d'un Christ, le transformant ainsi en papillon (christsalide) ou raie manta. Un dessin inachevé m'intéresse parce-qu'il est semblable à une maison de brique à nu et ses échafaudages, marquant l'histoire de sa construction. Mais celle de sa dégradation et de sa ruine qui garde la mémoire de ses occupants, l'empreinte du drame de la matière qui se joue en plusieurs actes, jusqu'à sa disparition. Transposés dans mon travail, ces “actes” correspondent aux différentes phases de re-dé-composition d'une œuvre et c'est souvent lorsqu'elle est réduite à l'état de trace, son histoire inscrite en filigrane, qu'elle exprime toute sa force.                       

2- J'ai travaillé sur le port de Collioure  de 84 à 97 parfois, les pieds dans l'eau, “au mouillage”, c'est à dire en trempant mes cartons dans l'eau salée pour en fixer les pigments pour ensuite les laisser sécher et se racornir sur une banquette de schistes brûlants aux couleurs d'argent et de bronze. Là, entre la mer et les remparts du château royal, séparé par une passerelle large de trois pas, venaient souvent me rejoindre deux amis sur le coup de midi, apportant un melon parfumé, pain, jambon et une bonne bouteille que l'on mettait à rafraîchir dans l'eau, calée entre deux rocs. Après le casse-croûte et la rigolade entre copains, chacun se mettait à l'ouvrage. Paul M. peignait les barques Catalanes aux couleurs vives alignées dans le petit port, “ toujours les mêmes et toujours différentes” disait-il; Claude J. reprenait des gouaches sur un carnet de croquis, parfois très petit. Les jours de Tramontane ou de forte Marinade personne ne venait. J'avais trouvé un coin abrité des vents dans le jardin du musée, un endroit où j'aimais venir me reposer. D'abord enclos de grands murs derrière lesquels s'alignaient des orangers, s'élevait, devant le musée de style mauresque, un gigantesque eucalyptus à l'arôme puissant, le jardin “Pam” s'étageait sur une pente caillouteuse où se côtoyaient cactus et aloès géants, oliviers,  amandiers et pins, jusqu'à un petit plateau dominant l'ancien village et port de pêche, orné d'une gloriette puis, plus haut, au bout du parc, sous des pins parasols, se dressait la ruine dun antique moulin à huile, entouré dune plate-forme en lauzes, ceinte elle même d'un muret. C'est là que je m'installais pour peindre, mais parfois, j'étais tenter d'aller plus loin car au-delà, le jardin, bien mal défendu par un grand portail de fer éventré, s'ouvrait sur les collines. Un chemin rocailleux traversait une vigne abandonnée, envahie d'un côté par un immense roncier, puis il montait raide entre les cistes, le thym et la lavande sauvage, les ajoncs, les genêts… que surplombait l'imposante masse du fort “Saint-Elme”. Ensuite il longeait la crête d'une colline qui dominait la baie de Collioure et redescendait par un autre versant à Port-Vendre, en serpentant entres les vignes et les bosquets de chênes-lièges, au troncs parfois dépouillés de leurs écorces et dont la couleur rouge-orangé contrastait violemment avec l'environnement. Au détour d'un virage, on avait l'agréable surpise de voir une petite chapelle toute blanche tapie au pied d'un cyprès noir. A Collioure, je me souviens aussi de la belle Nathalie M. toujours précédée de son labrador noir, passant tout les jours sur la passerelle à vélo, devant l'endroit où j'étais installé. Je pouvais me mettre à l'abri, du soleil comme de la pluie, sous un grand figuier qui formait une voûte de verdure opaque. Il avait poussé dans une fente rocheuse du rempart du château.                                   

3-  Juillet 2015. Je me suis mis à la vidéo, ayant fait l'acquisition d'un iPad coïncidant avec la floraison des herbes sur la Dordogne, au lieu-dit “les Ondines”, à Souillac, sur le chemin favori de mes promenades, lesquelles je faisais par pur désœuvrement. Pourquoi cet herbier merveilleux ondulant dans le courant me fit-il penser au tableau d’ Ophélia de Millais ? Je croyais voir flotter sa chevelure et sa robe parsemées de fleurs blanches, pigmentées de ciels bleus et de petites libellules turquoises, ondoyant dans son linceul de lumière miroitante, immuable et sereine. Depuis ces moments de plaisirs visuels et plus, tels la sensation des herbes s'enroulant autour de mes jambes, le chant des oiseaux, grenouilles et eau courante, je filme et photographie ce que je veux. Les elfes des bois morts aux parures diamantées de toiles d'araignées, les pommes parées des riches couleurs de la pourriture, les feuilles de choux de mon jardin, transparentes de lumière ou finement ciselées par des chenilles dentelieres.

J'ai ainsi réalisé plusieurs milliers d'oeuvres (n'ayant fait l'objet d'aucune exposition) jusqu'à fin 2017 puis arrêté de créer.

JR, 15/07/2018.

 

 
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