Introduction

INTRODUCTION

           

 BIOGRAPHIE  Parcours en demi-teinte.

I - Si j'exepte quelques ventes à très très bas prix -il y a déjà quelques décennies- (exception faite de de Mr J. P. qui me paya cach 400 francs un carton sculpté et teint -160x100-),  j'ai toujours offert mes œuvres à des amis, connaissances, associations culturelles ou (et) humanitaires dont je n'ai eu qu'à me louer. Mais j'ai aussi cédé gratuitement de nombreuses pièces à des marchands qui les exposèrent partiellement ou pas du tout et à d'autres personnes oublieuses de leurs promesses. En 2006, mon atelier de 350 m2 fut inondé; et quelques centaines d'œuvres sur papier furent détruites Je fus donc forcé de liquider le reste de ma production à court terme, après avoir vainement cherché un autre local pour la stocker, passé des annonces (1) puis, m'être adressé -via Internet- à différents "repreneurs" potentiels de celle-ci (le musée de la Création Franche et la galerie Chave d'abord intéressés, gardèrent ensuite le silence.) Quelques autres personnes physiques furent ainsi contactées: marchands, collectionneurs et autres amateurs d'art singulier qui acceptèrent mon offre. En contrepartie, ils s'engagèrent verbalement de lister et photographier les œuvres emportées, et les montrer. Mais après les présentations et amabilités d'usages en arrivant sur le site, ils se livrèrent au pillage, faisant fi de mes récriminations et oubliant toute décence, ne songeant qu'à emporter un maximum de choses dans un minimum de temps. Et je n'entendis évidemment plus parler d'eux. ▪Ce qui se passa alors tenait du burlesque et le film eut valu son pesant de cacahuètes.(Ce fut en fait par le plus pur des hasards, que je retrouvai des traces de quelques unes de mes œuvres sur Internet.) Toutefois, Mr Fred Noiret, -Galerie Eqart, Marciac-(2) qui vint me visiter quelques jours avant le  brigandage, et qui pris les œuvres que je voulu bien lui donner, fut le seul a avoir respecter notre deal et garder contact avec moi.Mon atelier fut ainsi vidé des trois quart de ma production -laquelle s'échelonnait sur une quarantaine d'années- en moins de deux heures, hormis celles qui furent semées et pietinnées dans le feu de l'action et qui prirent ensuite le chemin de la déchetterie.

II -  Le quart restant de ma production avait était stockée chez mon frère (plusieurs centaines d'œuvres). Mise en dépôt à la Galerie La Ralentie(3) en 2011, des œuvres furent exposées à partir de 2013 par Isabelle Floc'h, sa directrice, laquelle m'a acheté des œuvres majeures et payé mon pourcentage sur les quelques  ventes qu'elle a effectué. En novembre 2016, je lui ai fait don de toutes les œuvres en dépôt dans sa galerie, lesquelles sont maintenant sa propriété exclusive.

III - L'histoire de mon parcours artistique s'arrêterait là si, en février dernier, Elsa, ma petite cousine de Dreux, n'était passé me voir à Souillac, avec Rose, sa fille. Une enfant éveillée, qui explore mon jardin de fond en comble, et y découvre ce que j'y cachais depuis plusieurs années : une pile de cartons bruts (100×160), mais sculptés, soigneusement emballés par paquets de dix dans du papier kraft. J'avais presque oublier l'existence de ces pièces inachevées. C'était mon frère (encore lui) qui les avait si bien emballé et conservé dans son grenier depuis 90, date  correspondant à la seule exposition que nous ayons fait ensemble à Cahors. On avait posé mes cartons en l'état au sol, constituant ainsi un grand tapis blanc au milieu de la salle d'exposition, et accroché ses grandes toiles aux murs. N'ayant ni l'un ni l'autre de véhicule adapté, mon frère avait payé un transporteur de Cahors et remisé les paquets au milieu de son grenier, à cause du risque de gouttières, disait-il. Lequel était aussi son atelier qui, déjà bien garni à l'époque, s'emplit peu à peu de milliers d'œuvres, réduisant d'autant son espace de travail. Par la suite, il fit souvent allusion à mes cartons dans nos conversations, tout en m'assurant qu'il en prenait grand soin, étant toujours à la même place, à l'abri des gouttières. Moi, je pensais à ses toiles, qu'il recouvrait d'une bâche pour les en préserver, aussi avais-je fini par payer un transporteur pour l'en débarrasser, afin d'avoir la conscience tranquille. Je les fis remiser dans le coin le plus reculé de mon jardin, sous un viel appenti. Et je n'y pensais plus, jusqu'à leur découverte par Rose. "Qu'est-ce que c'est?" me demanda ma cousine. Je déchirai le papier kraft du premier paquet. "C'est formidable!" s'exclama t-elle. "Je te les donne, si tu veux les retravailler", lui dis-je alors. Les retravailler était  évidemment ce qui l'intéressait et, l'embarquement, à destination  d'un squat, (sans électricité) où Elsa,  plasticienne, travaille, se fit très vite, dans son Kangoo, dont elle avait rabattu les sièges arrière.(4)

 (1) - http://www.sarlat.com/forum/index.php?topic=411.0;wap2

http://m.acryom.com/article-1958-ex-peaux.html (Ce petit article, rédigé par Pierre  Souchaud, était paru, avec une photo, dans "Artention".)

(2) -http://www.eqart.fr/+-rouby-jacques-+.html?lang=fr

(3) -http://galerielaralentie.com/jacques-rouby/

 

À propos de mon travail. 

1-  Mon travail, non élaboré, et qui s'étale sur plusieurs décennies, n'est pas divisé en périodes distinctes. C'est un chaos en marche, des va et vient continuels du nouveau à l'ancien, entre toutes les expérimentations, inventions techniques, accidents qui s'enrichissent mutuellement. Il n'est pas cloisonné dans le temps mais forme un ensemble de palimpsestes -effacements et réécritures- se mélangeant, fusionnant ou se heurtant parfois entre eux. Ce que Fred Noiret appelle mes “siestes” sont mes dessins, d'abord réalisés au crayon pierre-noire ou au fusain sur papier raisin, puis à l'encre sur des carnets de croquis. Ils alternent avec les cartons sculptés, peintures, sculptures, moulages, installations, et me reposent  -ne pouvant rester sans créer- physiquement et mentalement de ce qui s'apparente à un véritable chantier. J'y laisse sur place, après mon travail, outils et matériaux, tels pinceaux imprégnés de mixtures, paquets de feuilles détrempées de colle à tapisserie et saupoudrées de pigments, regroupant et couvrant le tout d'un “film fraîcheur”. Le lendemain, je ré attaque ainsi un nouveau travail déjà préparé, voire mijoté. Je varie souvent mes moulages, à partir du même moule, sous le coup d'une inspiration, par exemple en faisant pousser des ailes translucides au corps d'un Christ, le transformant ainsi en papillon (christsalide) ou raie manta. Un dessin inachevé m'intéresse parce-qu'il est semblable à une maison de brique à nu et ses échafaudages, marquant l'histoire de sa construction. Mais celle de sa dégradation et de sa ruine qui garde la mémoire de ses occupants, l'empreinte du drame de la matière qui se joue en plusieurs actes, jusqu'à sa disparition. Transposés dans mon travail, ces “actes” correspondent aux différentes phases de re-dé-composition d'une œuvre et c'est souvent lorsqu'elle est réduite à l'état de trace, son histoire inscrite en filigrane, qu'elle exprime toute sa force.                                  2- J'ai travaillé sur le port de Collioure  de 84 à 97 parfois, les pieds dans l'eau, “au mouillage”, c'est à dire en trempant mes cartons dans l'eau salée pour en fixer les pigments pour ensuite les laisser sécher et se racornir sur une banquette de schistes brûlants aux couleurs d'argent et de bronze. Là, entre la mer et les remparts du château royal, séparé par une passerelle large de trois pas, venaient souvent me rejoindre deux amis sur le coup de midi, apportant un melon parfumé, pain, jambon et une bonne bouteille que l'on mettait à rafraîchir dans l'eau, calée entre deux rocs. Après le casse-croûte et la rigolade entre copains, chacun se mettait à l'ouvrage. Paul M. peignait les barques Catalanes aux couleurs vives alignées dans le petit port, “ toujours les mêmes et toujours différentes” disait-il; Claude J. reprenait des gouaches sur un carnet de croquis, parfois très petit. Les jours de Tramontane ou de forte Marinade personne ne venait. J'avais trouvé un coin abrité des vents dans le jardin du musée, un endroit où j'aimais venir me reposer. D'abord enclos de grands murs derrière lesquels s'alignaient des orangers, s'élevait, devant le musée de style mauresque, un gigantesque eucalyptus à l'arôme puissant, le jardin “Pam” s'étageait sur une pente caillouteuse où se côtoyaient cactus et aloès géants, oliviers,  amandiers et pins, jusqu'à un petit plateau dominant l'ancien village et port de pêche, orné d'une gloriette puis, plus haut, au bout du parc, sous des pins parasols, se dressait la ruine dun antique moulin à huile, entouré dune plate-forme en lauzes, ceinte elle même d'un muret. C'est là que je m'installais pour peindre, mais parfois, j'étais tenter d'aller plus loin car au-delà, le jardin, bien mal défendu par un grand portail de fer éventré, s'ouvrait sur les collines. Un chemin rocailleux traversait une vigne abandonnée, envahie d'un côté par un immense roncier, puis il montait raide entre les cistes, le thym et la lavande sauvage, les ajoncs, les genêts… que surplombait l'imposante masse du fort “Saint-Elme”. Ensuite il longeait la crête d'une colline qui dominait la baie de Collioure et redescendait par un autre versant à Port-Vendre, en serpentant entres les vignes et les bosquets de chênes-lièges, au troncs parfois dépouillés de leurs écorces et dont la couleur rouge-orangé contrastait violemment avec l'environnement. Au détour d'un virage, on avait l'agréable surpise de voir une petite chapelle toute blanche tapie au pied d'un cyprès noir. A Collioure, je me souviens aussi de la belle Nathalie M. toujours précédée de son labrador noir, passant tout les jours sur la passerelle à vélo, devant l'endroit où j'étais installé. Je pouvais me mettre à l'abri, du soleil comme de la pluie, sous un grand figuier qui formait une voûte de verdure opaque. Il avait poussé dans une fente rocheuse du rempart du château.                                   

2-  Juillet 2015. Je me suis mis à la vidéo, ayant fait l'acquisition d'un iPad coïncidant avec la floraison des herbes sur la Dordogne, au lieu-dit “les Ondines”, à Souillac, sur le chemin favori de mes promenades, lesquelles je faisais par pur désœuvrement. Pourquoi cet herbier merveilleux ondulant dans le courant me fit-il penser au tableau d’ Ophélia de Millais ? Je croyais voir flotter sa chevelure et sa robe parsemées de fleurs blanches, pigmentées de ciels bleus et de petites libellules turquoises, ondoyant dans son linceul de lumière miroitante, immuable et sereine. Depuis ces moments de plaisirs visuels et plus, tels la sensation des herbes s'enroulant autour de mes jambes, le chant des oiseaux, grenouilles et eau courante, je filme et photographie ce que je veux. Les elfes des bois morts aux parures diamantées de toiles d'araignées, les pommes parées des riches couleurs de la pourriture, les feuilles de choux de mon jardin, transparentes de lumière ou finement ciselées par des chenilles 

 

"J'ai fait comme ça" par Elsa

J'ai fait ça comme ça !

J 'avais beaucoup aimé certaines photos de tes cartons prises en noir et blanc.
Alors, pourquoi ne pas les teinter ainsi...
J' ai d'abord acheté des pigments colorés bâtiment : du noir entre autres.
Dans ma cave, j ai trouvé une tine de blanc à placo très ordinaire et j 'ai complété le tout ,sur tes conseils, aves de la colle à papier et un gros pinceau.
J 'ai ensuite préparé les teintes auxquelles j'ai adjoint la colle à papier en me disant qu' ainsi, la peinture ferait office de fixatif.
Un gris, un noir très liquide, le blanc était évidemment tout prêt.
J'ai d'abord mouillé le carton ,pensant que les teintes se diffuseraient mieux ainsi, puis versé au sceau les mélanges, d'une façon que je qualifierais d'aléatoire et rapide : le gris, le blanc puis le noir .
Et voilà...
En fait j 'aurais pu commencé à raconter par l'étape 0.
Celle correspondant au dilemme s 'étant posé à moi dés l 'ouverture de tes paquets.
Comment choisir et comment franchir le pas...
J'étais très impressionnée à l 'idée d'intervenir sur ton travail.
J'ai donc fait vite! Ai sélectionné une série me semblant former une famille,
celle (pour moi) des Herbiers de la Dordogne.
Ceux là, ils me parlaient trop, je n'aurais pas pu les toucher...
J'ai donc mis de côté systématiquement les autres.
Ceux ci sont notre laboratoire commun...
Quatre mains !!!
Deux personnes mais quatre mains...

Le résultat n était pas celui escompté....
Jusque là, rien de surprenant.
Il fallait donc chercher....
La solution ne se présente pas toujours d'elle même !
J'ai  donc commencé à creuser.
Enlever la peau, éplucher la surface de ce carton, qui ,s'il était séduisant brut de teinte, m'aparaissait désormais comme une matière noble encrassée.
J'avais envie de l'alléger , j'ai donc commencé à arracher la pellicule du dessus avec le même plaisir que l 'on s' enlève la peau après coup de soleil...(dégoutant, mais délectable...)
La couche du dessous était pleine de surprise , j'avais d'abord dans l 'idée de n 'enlever que quelques zones, mais je ne pouvais m 'empêcher d'en découvrir toujours plus tant le résultat était agréable a l 'œil.
Au bout d'une demi heure, toute la surface eu bientôt disparu.
Est-il possible de faire quelque chose de rater avec une aussi belle matière, je ne le crois pas.
Totalement novice en la matière, le résultat est pourtant pas mal...
-Étape 5
Empreintes
J'ai déposé dessus les bouts détachés du carton.
Nous essaierons avec Rose d en faire une production en volume.
Mais pour l'heure, mon souci, c est le séchage !!!

Texte d'Elsa. Travail à deux: sculpture sur caton brut: JR (années 90), retravaillés par Elsa (2017.)





 

Œuvres à quatre mains.

17157796 1891619671057806 6127548806042986932 oEn voyant ces images, je ne peux m'empêcher d'être bouleversé, de ressentir, à travers le drame de la matière, à la fois la peur et la commisération pour toutes les souffrances humaines, les cruautés envers les animaux et la terre entière.

Sur l'une de ces images prise par Rose, la petite fille d'Elsa, on ne vois qu'une chevelure blonde se mêler à un magma noir qui ressemble à du goudron. Cette image m'évoque irrésistiblement la vision d'horreur d'une MARÉE NOIRE et les vains efforts d'une bénévole tentant de sauver d'innocentes victimes.
Une autre image: c'est les plumes blanches du cadavre d'un albatros ou d'un pélican, à côté de la vague noire de mazout qui vient de le rejeter sur le sable taché de son sang brunâtre.
Et puis, comment ne pas voir dans une autre image un lit, ou plutôt un grabat d'hôpital, aux draps bouleversés qui semblent garder l'empreinte du corps convultionné d'un mourant.

De mes cartons écrus sculptés, que je transformais en paysages aux belles couleurs dans les années 90, Elsa s'en empare à son tour aujourd'hui pour en faire des "charniers" de matière. L'art qui pour moi se doit d'être la délicate et plaisante vision du végétal ou du minéral, semble pour Elsa -cette jeune femme aux boucles blondes et aux yeux bleus clairs où passe parfois l'ombre d'une nostalgie- être l'expectoration d'une angoisse inexpliquée, comme si elle portait en elle tous les drame qu'ont vécu ses ancêtres ainsi que toutes les catastrophes passées, présentes et à venir des êtres et des choses.

Elsa est ma petite cousine. Elle retravaille mes cartons selon son inspiration et sa démarche est volontaire, originale, sa technique inventive et derrière sa frêle apparence se cache une énergie sans limite lorsqu'elle se sent dans son élément: la création.
Dans ce que j'appellerais un "travail à deux", l'artiste part d'un carton brut préalablement sculpté à la gouge par moi, lequel est issu d'une serie que j'avais remisé dans la cabane de mon jardin, ayant définitivement abandonné mon travail de plasticien en Juin 2006 (cartons en semi reliefs, sculptures, moulages, peintures, installations et dessins).

Dans les années 90 jusqu'en 2003, une autre jeune femme, aux boucles brunes celle-là, avait retravaillé mes œuvres inachevées, auxquelles elles avaient donné le nom de "caviardages". Il s'agit de Lauranne - "Lauranne, Artiste Quand Même" ainsi qu'elle se présente- J'ai écrit le petit texte ci-dessous sur l'une des facettes de son travail.

Les scans de Lauranne.

Faute de pouvoir se mouvoir en se désarticulant sur un scanner géant, Lauranne coupailles son corps, prisonnière d'un rectangle de 21 × 29,7 cm. L'éclair aveuglant du scanner va et vient sur la chair nue comme l'estafilade d'une lame de couteau. Il carrelle et aplatit la courbe de la bouche, la rondeur d'un sein, boudine les doigts, qu'anime parfois une nature-morte, ainsi des fleurs desséchées de cimetière. Mosaïque d'un corps supplicié, “la femme coupée en morceaux” se mutile elle-même, mais elle nous dévoile son truc. Lauranne n'est pas en représentation, pas plus que dans la mystification ou la provocation, et le regard de l'autre lui importe moins que l'écho de son propre cri, en miroir de ses scans acrobatiques, ses perfore-démences, peinture-hures rouge-sang, jaune-pu et noir-caillot ou de ses poèmes ravageurs.
Lauranne n'est pas une illusionniste qui veut nous faire rêver. Du jaillissement barbare de ses créations natives d'une souffrance nouée au ventre, sort le noyau d'un œil terrible et le cri vengeur du nouveau-né sanglant qui n'aurait pas dû naître.

http://lauranne.lauranne.free.fr/